Néo-mariage de raison : vers la fin des divorces ?



J’ai beau ne plus être amoureux de Nathalie, je suis conscient que, dans l’état actuel des choses, économiquement parlant, je ne la quitterai pour rien au monde. Au-delà de la perspective peu engageante de passer d’un trois pièces à une chambre de bonne, j’ai conscience qu’en la quittant, je perdrais en pouvoir d’achat comme en rayonnement social, la plupart de mes connaissances étant, à l’origine, les siennes. » Le discours d’un mufle archaïque tout droit sorti du XIXe siècle ? Non, celui de Thierry, 33 ans, un sémillant libraire parisien que la crise et la crainte du déclassement ont achevé de transformer en expert-comptable d’un nouveau genre, façon Gordon Gekko (le héros du film Wall Street) de l’amour. A l’heure où le marasme économique semble faire figure d’horizon indépassable, celui-ci aurait-il collatéralement généré une nouvelle mentalité domestique de petit gestionnaire, où l’homo economicus a fini par détrôner l’homo romanticus ?

L’amour, une gestion comme une autre
Si la question peut paraître réactionnaire en ces temps de libéralisme amoureux, elle semble pourtant trouver un écho certain chez nombre d’observateurs des comportements contemporains. « On observe un réel désenchantement par rapport à la notion d’amour, confirme le psychothérapeute Alain Héril (1). L’addition des salaires et des compétences est désormais mise en avant au détriment du lien amoureux et érotique. Ce qui compte, ce n’est plus ce que l’on est ensemble, mais ce que l’on fait ensemble. » Jadis lieu de décompression égotique et de restauration de l’estime de soi face à un environnement jugé hostile, le couple serait ainsi (re)devenu cette cellule productive, prête à mobiliser des équations conjugales comptables pour conserver son triple A. Une tendance qui se confirme dans les chiffres. Dès 2009, au plus fort de la crise, l’Espagne et la Grèce enregistraient une étonnante baisse des divorces de l’ordre de 18 %. En France, leur nombre est passé de 132 594 à 130 601.
source: Yahoo.fr